"La Troisième Vague" : une classe de 1ère HLP sous les projecteurs
/B_nb_commentaires> Publication : (actualisé le )
Jouer une pièce de théâtre, ça ne s’improvise pas.
Alana, Maïa et Manele vous expliquent tout le travail de préparation avec les comédiens.
Nous étions 20, 19 filles pour 1 garçon. Durant 3 semaines et pratiquement 50h de théâtre nous avons été encadrés par 3 comédiens : Alex, Camille et Emma.
Le Whizz
Pendant ce temps d’entraînement avant de se produire sur scène, nous avons travaillé, fait différents exercices tels que le Whizz, qui consistait à se faire passer de l’énergie en faisant des gestes très rapides, en cercle, tout en éliminant ceux qui se trompaient ou qui n’avaient pas assez d’énergie. Le Whizz, au début nous étions tous sceptiques, mais à la fin nous en réclamions un quand on n’en avait pas eu. On était enthousiastes lors de ces exercices, tout le monde faisait un effort pour y participer sur le moment parce qu’ils étaient plus tôt plaisants.
Soudés par les répétitions
Les exercices nous ont rendu au fur à mesure plus à l’aise les uns avec les autres. Avec des jeux mêlant rivalité mais aussi de la complicité. Ils permettaient une bonne ambiance, tout le monde s’amusait même si on était initialement une classe pas spécialement soudée car on ne se connaissait pas bien. Cet exercice nous faisait rire, nous mettait de bonne humeur et nous donnait envie de nous amuser en jouant. Ces 3 semaines passées tous ensemble nous ont rapprochés.
Travailler sur le texte : entre plaisir et stress
Dès la première semaine nous avons découvert la pièce, La Troisième Vague. A la fin de la première semaine nous avons commencé à nous répartir les répliques mais également à les modifier pour qu’elles nous ressemblent puis nous l’avons lue en Italienne, c’est-à-dire que nous avons tous fait une lecture du texte en lisant nos répliques de manière expressive comme si on jouait, mais sans les actions physiques, seulement la voix. Lors de cette lecture, beaucoup de rires sont apparus car certaines répliques pouvaient être drôles à dire à entendre, mais également de l’appréhension de devoir apprendre par cœur parfois de longues répliques tout en mettant une intention spécifique à la situation dans la pièce.
Ce que le théâtre nous a appris
On prenait de plus en plus confiance à l’idée de parler de plus en plus fort car tout le monde faisait pareil donc on ne se sentait pas gêné à l’idée de se faire juger. La prise de confiance de chacun lors des répétitions a été plutôt rapide grâce aux comédiens et à leurs exercices. C’est là que nous avons compris que le théâtre, les répétitions, les heures de cours manquées nous ont tous rapprochés, le théâtre nous a permis de nous montrer, de sortir de notre zone de confort. Le théâtre, être comédien ce n’est pas un simple rôle, c’est du travail avec de l’écoute du rire de la colère de la frustration, le théâtre c’est de la vie, la vie d’un groupe, un groupe que nous avons soudé.
Manele, Alana, Maïa
Monter sur scène, un vrai défi.
Angelina vous donne une idée de cette expérience.
Une tempête d’émotions
Durant cette représentation, beaucoup d’émotions nous ont traversés. Certains facteurs les ont provoquées comme le fait qu’il y’avait beaucoup de monde, et on n’a pas forcément l’habitude qu’autant de personnes nous fixent et nous écoutent sous nos yeux. Tout ça a provoqué beaucoup de stress, et beaucoup d’appréhension sur le moment où nous allions tous nous retrouver sur scène et parler devant tout le monde.
Avant de monter sur la scène on avait un mélange d’anxiété, de peur mais en même temps d’excitation. Il y avait énormément de personnes que je connaissais dans le public ça a rajouté un stress mais aussi une hâte de leur présenter ce qu’on avait fait. On se demandait si on allait pouvoir y arriver. Bref c’était une tempête d’émotions qui était en train de nous submerger ce qui rendait compliquée la chose. On était remplis d’inquiétude, aussi de joie, ce sont des émotions qui s’associent rarement.
Sur scène, le soutien du groupe
Après, une fois sur scène on s’est vite mis à l’aise, ça restait une ambiance de classe donc quelque chose d’assez facile à représenter. On se disait tous qu’il fallait profiter car après ça allait être fini. Bref on était plutôt à l’aise, jusqu’au moment où on était dans le public et sur scène en pleine lumière. La lumière s’est allumée, alors pour certaines personnes comme moi ça nous a rassurées de voir le public et pour d’autre ça les a angoissés davantage, de voir tous ces regards fixés sur eux. Pendant les capsules, la lumière est sur toi, tu ne vois plus rien, et c’est à ce moment-là que tu te demandes si tu vas y arriver. Ça nous permet de voir ce qu’on est capable de faire seul ou en groupe. On se rend compte qu’on peut tout faire si on s’entraide.
Joie et nostalgie
Ce qui a été éprouvant c’est une fois que l’on avait fini. La nostalgie commençait déjà à s’installer alors qu’on venait tout juste de terminer. On avait créé une sorte de « famille » et tout était terminé.
Aujourd’hui on se rend compte que ça a réellement créé des liens avec l’ensemble des camarades, des professeurs et des comédiens. Et que cette « famille » est toujours d’actualité avec des liens tissés par une aventure qui ne sortira pas de notre mémoire !
Merci à toutes les personnes qui nous ont accompagné durant ce projet, pour cette histoire inoubliable ! Je suis fière de nous et de ce qu’on a réussi à accomplir ENSEMBLE !
Angelina
Le spectacle se compose de deux parties : une pièce qui raconte l’expérience un peu bizarre d’un professeur d’histoire américain avec ses élèves. Pour leur faire comprendre comment les nazis ont pu imposer leurs idées à la population allemande, il transforme sa classe en régime totalitaire. Jusqu’au jour où les choses tournent mal...
La deuxième partie est constituée de capsules écrites par les élèves.
Chaïma, Clara et Clarisse vous les présentent.
C’est quoi « une capsule » ?
Une capsule, dans notre projet théâtral, est une prise de parole engagée, un coup de gueule personnel ou collectif, exprimé à travers un texte performé avec force et authenticité. Chacun a choisi un thème en lien avec une injustice sociale, un tabou ou un problème qui dérange, pour ensuite porter ce texte sur scène, seul ou en groupe, sans le jouer comme une pièce, mais en le vivant pleinement.
La consigne était claire : faire vibrer le texte, le défendre avec conviction, comme une déclaration sincère devant le monde.
Les bavures policières – Maïa, Angelina, Manele
Ce trio a ouvert la voie. Maïa s’est lancée la première, tentant d’exprimer un mélange d’incompréhension et de sensibilité face à ces violences d’État. Le trac l’a rendue fragile, mais cette fragilité est devenue sa force. Depuis, elle a gagné en assurance, en éloquence.
Angelina, elle, a frappé fort. Sans détour, avec des mots clairs, percutants, elle a transmis une colère maîtrisée mais intense, appelant à une réaction.
Enfin, Manele a conclu la capsule avec douceur et lucidité, en appelant à un véritable changement, comme une main tendue après la tempête.
Le génocide en Palestine – Samya et Asma
Samya a écrit un poème bouleversant porteur d’un cri de détresse d’un pays entier, porté par une musique orientale douce qui a ouvert la capsule. Après quelques secondes, elle s’est élancée, suivie par Asma. Leurs voix se répondaient, poétiques et calmes, comme si elles dansaient au milieu d’un drame.
Sous les projecteurs, elles ont partagé un moment suspendu, fort en émotion, digne d’un cri tout en retenue.
Les manifestations masculinistes – Hanaé, Tina, Clarisse, Angelina
À quatre, elles ont composé un texte à plusieurs voix, représentant différentes réactions face au discours masculiniste.
Hanaé ouvrit le bal avec une réponse féminine forte, presque militante.
Tina prit la suite, avec un ton plus triste, exprimant la peine de voir un proche basculer dans cette idéologie.
Clarisse utilisa l’humour pour dénoncer, un sarcasme grinçant qui fit mouche.
Puis Angelina termina avec une colère brute, une voix coup de poing pour choquer les consciences.
Le harcèlement – Nabhan
Seul sur scène, Nabhan mêla poésie, humour et ironie pour parler du harcèlement. Son texte interpela, mais ce fut surtout son énergie et son interaction avec le public qui marquèrent les esprits.
Le public réagissait, répondait à ses appels – une vraie performance qui a su à la fois divertir et faire réfléchir.
Les brouteurs – Chaima, Clara, Manel, Fatma
Cette capsule dénonçait les arnaques sentimentales, à travers le regard de quatre petites-filles parlant à leur grand-mère.
Le ton était doux, bienveillant, presque protecteur. Chacune s’exprimait tour à tour pour rassurer, expliquer, et surtout faire comprendre que cela peut arriver à tout le monde.
La capsule s’est terminée comme elle avait commencé : ensemble. Un cercle de solidarité.
La grenouille – Ambre
Cette dernière capsule était une fable, racontée à travers l’enregistrement audio d’un enfant.
Une grenouille dans une casserole d’eau tiède qui ne se rend pas compte que l’eau chauffe jusqu’à l’ébullition… Une métaphore puissante de la manipulation, insidieuse, progressive.
L’histoire, captivante et drôle, a su clore le spectacle sur une note plus légère – sans pour autant perdre de vue la gravité du message.
Petit fait marquant : Ambre a découvert son rôle seulement 10 minutes avant la première, mais a su relever le défi avec brio.
Ce travail sur les capsules a été vécu très différemment selon notre groupe : pour certains, le stress, pour d’autres, l’excitation.
Mais pour nous tous, ce fut un moment rare, un instant de prise de pouvoir.
C’était la première fois que nous pouvions parler avec nos mots, défendre nos convictions, montrer qui nous sommes vraiment.
Et maintenant que c’est fini, il faut l’accepter. Ce texte que l’on écrit marque une fin, et ça fait mal.
On voudrait rester encore un peu dans cette bulle… mais il est temps de sortir du déni (sniff). Oui ce projet est terminé mais ce n’est sûrement que la partie visible de l’iceberg
...
Chaïma, Clara, Clarisse
15h30 : fin de la première représentation, donnée devant des élèves des environs. C’est l’heure de décompresser après tant d’émotions.
Firdaws et Jihane vous racontent…
H-5 — La représentation scolaire se termine.
La salle se vide peu à peu. Notre metteur en scène, Camille, nous réunit pour un débrief. Malgré un public parfois peu réceptif, il a particulièrement apprécié notre jeu.
Il est temps de relâcher la pression, de souffler un peu…
Une pause de 3h30 commence, pleine de péripéties, d’éclats de rire, de confidences, de complicité. Après l’intensité de la représentation scolaire, cette pause est un véritable souffle d’air frais, un moyen de se reconnecter, de relâcher le stress, de redevenir juste "nous".
H-4 — Une vraie famille
On s’est installées toutes ensemble sur des bancs, dans un petit parc juste à côté du théâtre. Il n’y avait presque personne. Peu de passage, juste quelques feuilles qui bougeaient au rythme du vent. Et ce vent, justement… un souffle léger, qui caressait nos visages comme pour nous dire : « Respirez. Prenez le temps. »
Le soleil, discret mais bien présent. Il réchauffait doucement nos épaules, et avec lui, le monde semblait s’adoucir. Ce décor simple, des bancs, des arbres, un bout de ciel, ce théâtre, qu’on remplira d’ici quelques heures de nos proches, restera pour nous une image inoubliable. Un moment suspendu. Au loin, on entendait les éclats de rire d’enfants qui jouaient, sans doute un peu plus loin dans le parc. Leurs voix cristallines traversaient l’air avec une légèreté qui faisait du bien. C’était rassurant. On était toutes là, assises côte à côte, comme si plus rien d’autre n’existait autour. On était coupées du monde, coupées du temps. Juste nous, dans notre bulle.
On n’avait même plus nos téléphones dans les mains tellement on parlait, on écoutait, on riait, parfois on ne disait rien, mais on se comprenait quand même. Il y avait une sorte de lien entre nous, quelque chose de fort, qu’on ne savait pas trop expliquer mais qu’on sentait dans chaque regard, chaque mot, chaque sourire. C’était simple et vrai. On prenait soin les unes des autres, sans y penser, comme si c’était naturel. Plus la journée avançait, plus on sentait qu’on formait un groupe soudé. Pas juste des camarades de classe, on était devenues une famille qui a vécu quelque chose d’unique et d’inoubliable ensemble.
Ce moment-là, dans le parc, c’était une vraie pause dans tous les sens du terme. Plus de pression, plus de rôles à jouer. Juste nous. Ensemble. Et ça, franchement, ça valait tout.
H-2h30 — Une larme, un sourire, un déclic
À un moment, l’une d’entre nous s’est mise à pleurer… prise par l’émotion, par la fatigue, par tout ce que cette journée représentait. Et là, une dame est passée avec un petit chien. Elle s’est arrêtée, l’a regardée avec bienveillance, puis nous a dit d’un ton rassurant :
« Vous allez tout déchirer ce soir, les filles. J’en suis sûre, donnez tout. »
Ce simple geste, ce petit moment de douceur, nous a profondément marquées.
Il nous a rappelé que même dans nos fragilités, il y avait de la force. Que tomber n’était pas un échec, mais une étape. Alors on a séché ses larmes, on s’est regardées, et on a su : on n’allait pas s’arrêter là. Il était temps de se relever. De continuer.
H-2 — Reprendre notre souffle, ensemble
L’heure approche, les pizzas nous attendent, nous quittons nos bancs pour aller dans le foyer. Assises toutes ensemble, avec cette impression d’être une vraie famille. Il y avait des fous rires, des chants improvisés, des discussions qui partaient dans tous les sens, mais aussi des silences doux, chargés d’émotion. On mesurait, sans trop se le dire, à quel point cette aventure comptait pour chacune de nous.
H-1h20 — Dernier regroupement.
Dernières mises au point, dernier regroupement, derniers instants. L’adrénaline commence à monter. Puis retour en coulisses. Les préparatifs s’enchaînent, on écrit des lettres pour ceux qui nous ont accompagnées depuis le début : Camille, Alex, Emma… Des mots simples, sincères, pour dire merci.
H-0 — Juste avant les projecteurs
Nous sommes cachées dans les coulisses, plongées dans l’obscurité. Quelques instants avant de monter sur scène, nous retenons notre souffle. Pas un bruit. La nostalgie, l’appréhension, le trac : tout se mélange. Le stress au plus haut, avant de redescendre au plus bas.
À l’attente du dernier signal, l’aboutissement d’une expérience inoubliable : le projet devient réalité.
Firdaws & Jihane
Une expérience aussi intense laisse des traces…
Voici ce qu’en dit Hanaé.
Une classe transformée
Après cette aventure théâtrale, on est vraiment devenus très soudés. On s’est rapprochés, on s’est entraidés, on a rigolé ensemble, et ça a créé des liens forts entre nous. Par exemple, maintenant quand on se croise dans les couloirs on parle et on rigole, on se fait plein de compliments et même des câlins pour certaines ! Il s’est installé un réel climat de confiance dans lequel on n’a plus peur du regard des autres, on ose se confier, on se sent écoutés, compris. On se raconte nos petites histoires entre nous pour rigoler, en discuter ou même se donner des conseils dans la bienveillance. C’est comme si on ne formait plus qu’un seul groupe, uni, traversé par l’énergie du spectacle qu’on a vécu ensemble.
Voir les profs autrement
Je pense que cette expérience nous a fait aimer encore plus notre spécialité, nos profs, mais aussi les autres élèves. Genre on a tissé des liens uniques qu’on n’aurait peut-être jamais créés en dehors de cette aventure et franchement c’est, j’e te jure, c’était juste incroyable. Maintenant on rigole avec nos profs on leur raconte même les potins du lycée et tout ça, vraiment c’est hilarant, on les voit davantage comme des humains, des personnes et non juste comme des profs.
Fierté ! et nostalgie…
Il y avait un vrai sentiment de fierté et d’accomplissement qui s’est créé, autant sur le plan personnel que collectif ! On s’est toutes et tous sentis beaux, talentueux, vivants, confiants, et puissants sur scène. Et tu vois c’est ça, la magie du théâtre !
Aujourd’hui on garde une profonde nostalgie en repensant à ce spectacle, et je pense que pour tout le monde c’est une expérience que jamais, jamais nous oublierons. Même je pense que cela fera partie de nos meilleurs souvenir de nos années lycée.
A l’aise à l’oral
En plus cela nous a apporté une forme de sérénité à l’oral, on est plus à l’aise plus confiants et on a moins peur du regard des autres. Après avoir joué 2 fois devant 300 personnes et surtout devant d’autres élèves, les oraux en cours paraissent vraiment plus faciles, c’est pas 2-3 élèves comme vous qui vont nous faire peur !
Le théâtre, c’est magique !
En plus avant on avait une image vraiment différente du théâtre, genre au début tu vois tu peux penser que le théâtre c’est ringard, ennuyant, pas fait pour nous, juste pour les anciens, mais finalement après cette aventure tu comprends que ton regard a complètement changé ! Cette expérience nous a ouvert les yeux et on a compris que le théâtre ça peut être drôle, beau, moderne vivant profond et encore tellement de choses ! Bref le théâtre ça peut vraiment nous parler et à toi aussi ! Ça a même donné envie à certaines de commencer le théâtre et a d’autres de continuer ! C’est vraiment magique et je pense que personne ne regrette, on aimerait même recommencer.
Alors à toi qui lis ça je te souhaite vraiment de vivre une expérience aussi enrichissante et unique que celle que nous avons vécue toutes ensemble cette année !
Hanaé






